Caribbean Dandee, le concert de l’Olympia : emportés par la foule !


Pour un concert unique à l’Olympia, retransmis dans les cinémas Pathé et réalisé par Patrick Savey, ce lundi 18 avril 2016, JoeyStarr et Nathy Tüco ont électrisés la foule. A presque cinquante ans, malgré son caractère sanguin et le traitement particulièrement partial des médias à son égard, JoeyStarr a réussi a bluffé tous les pronostics. Après une carrière au cinéma, le voilà de retour sur scène avec sa nouvelle formation, Caribbean Dandee. L’occasion de présenter leur premier album et de refaire monter sur scène la crème du rap parisien.

En première partie de Caribbean Dandee, nous avons eu la chance d’assister à une prestation étonnante de Seth Gueko. Le gros son du valdoisien a de quoi mettre le feu à la salle avant même l’arrivée des deux compères. Il faut dire qu’avec des morceaux comme Titi parisien, il règle ses comptes à l’ensemble du rap game débile qui inonde les ondes avec ses textes niais et ses romances à l’eau de rose sur fond d’auto-tunes et de RNB mielleux. Le rap de Seth Gueko, comme celui de NTM à son époque, est régulièrement dénoncé par l’intelligentsia pour son aspect pur et dur, son phrasé sans concession, parfois violent pour les esprits étriqués qui continuent de nier le désarroi de notre jeunesse et à fortiori de celle de nos quartiers. Ce positionnement politique des médias de masse vise à cacher une autre réalité, celle d’un état d’urgence autrement plus vital que celui instauré récemment dans le but de restreindre nos libertés, celui d’une jeunesse qui clame en cœur avec le rappeur :

« J’entends encore le DAS’ qui tue, où est l’institut pharmaceutique ?
Nique, nique leurs logos ésotériques
Si j’pouvais, j’donnerais à tous les clodos une couverture thermique
Outré par le nombre de vieilles aimant Derrick
Alors que Horst Tappert était un putain d’SS
La France fait peur, hommage à Clément Meric
Chaque chasseur de skin mérite un butin d’espèce
J’rappe sans vergogne, dressé comme un volcan d’Auvergne
Contre les ivrognes qui nous gouvernent
J’aime les hommes qui ont d’la poigne, les poignées d’main fermes »

JoeyStarr (que l’on a vu dans Les gorilles soit dit en passant) rappellera plusieurs fois ce qui semble être une véritable profession de foi, si l’album de Caribbean Dandee, mélangeant les influences du hip-hop, du reggae et du dancehall, est une œuvre festive, prête pour le dancefloor et que, comme on a pu le constater, c’est une machine à faire bouger les têtes, il ne s’agit pas de faire claquer du son sans faire tilter le fond. Avec des titres comme Murda, Paris by night ou Sun is shining, le concert s’oriente vers l’enterntainement pure et simple et les morceaux abusent gravement sur l’auto tune. Pour ceux qui n’ont jamais entendu JoeyStarr avec une voix de fillette, c’était l’instant. Avouons qu’on a eu du mal avec quelques morceaux. Le rap, même de nos idoles, c’était mieux avant quand même. Quand ils ne partent en couille avec un vocodeur, et si on oublie l’obsession de Nathy Tüco pour la Mariejeanne (que ses yeux défoncés auraient de toute façon trahi), il faut dire que le reste de l’album reste très haut de gamme. Sur scène, les légendaires DJ Pone et Cut Killer ont pris les platines pour livrer un set génial, maîtrisant leur art avec maestria, accompagnés par un batteur, un bassiste et un guitariste. Grâce à cette formation rock, Seine Saint-Denis Style a pris des allures épiques et révélés tout le potentiel musical du vrai rap, encore dénigré par des ignorants sans complexes et peu aidé par la soupe commerciale servi par Skyrock et seule vitrine du rap français. Bien sur, pour accompagner JoeyStarr sur ce morceau mythique, Kool Shen est monté sur scène sous l’ovation du public. Tout n’est pas si facile a retenti comme une véritable signature tandis que Raggasonic les a rejoint pour entamer Aiguiser comme une lame avec un tranchant et une puissance que l’on aimerait ressentir plus souvent sur les ondes. Qu’est-ce qu’on attend ? scandait NTM, en 1995, proposant de foutre le feu. Il faut dire que les psychopathes qui sommeillaient en nous se sont bien réveillés hier soir et qu’on serait bien « [Aller] à l’Élysée, brûler les vieux et les vieilles [parce qu’il] faut bien qu’un jour ils paient ». Chauffant les spectateurs à blanc, laissant toute la place à l’égotrip et rappelant que le clash, c’est sur scène que ça se passe et pas par magazine people interposé, Nathy et JoeyStarr assènent de véritables tueries comme L’Arène, samplant La foule d’Édith Piaf avec autant de succès que le rappeur l’avait fait avec Georges Moustaki pour Métèque ou How long ?. Le furieux Tais-toi versant dans l’autocritique ironique :

« Tu t’encenses tout seul, ta suffisance n’a pas d’seuil
Donc tais-toi quand tu parles, quand j’torture la feuille
Quand je monte dans les tours, tais-toi, file, cours
Ou tes punchlines et toi on vous pendra haut et court « 

Il ne reste aux deux rappeurs qu’à donner le coup de grâce en rappelant que c’est bien beau de multiplier les punchlines, encore faut-il que les textes aient du sens. Nous sommes servis avec Rebelles conformistes dont les paroles se passent d’analyse supplémentaires et se suffissent à elle-même :

« Sans la musique la vie serait erreur, disait Nietzsche
Aujourd’hui le trou du cul trône et l’envie c’est « get rich »
On donne dans tous les genres mais le résultat reste le même
Comme dit Kool Shen, y a trop d’MC’s qui rappent à peine
Y a trop de volées de plumes qui tous les jours nous enrhument »

Et que dire que le génial Ici j’ai, sonnant comme un triste constat, preuve que les pouvoirs publics ont préféré mettre aux bans les véritables lanceurs d’alerte que sont les rappeurs qui refusent de se faire récupérer par le système, qui gardent à l’esprit que l’individualisme est une façade, qui refuse l’air de rien, une aliénation qui pousse les petits dealers à se rêver trader, qui n’ont pas oubliés que L’argent pourrit les gens :

« Tour de bras d’un building
Ici j’ai le Godzilla mental
T’as rien compris depuis 9-8, t’as rangé ton pare-balles
La mentalité dans les quartiers équivaut à celle des tranchées
Ici une vie vaut quelques euros, on fonce pied au plancher
Ici l’espoir et l’ambition sont atrophiés
Pas conditionnés à la réussite personnelle
On est tous persuadés qu’ici l’humain n’a pas d’aile
Vive l’exil fiscal et l’American model
Ici j’ai l’étoffe d’un self-made-man
Ici j’porte ceux qui s’portent, c’est eux qui m’portent
Même la rançon du bonheur se trouve dans
Les actions qu’on mène à bien
Ici, je tu il, on a tout à gagner, hein
Ici c’est un hold-up renoi, mets les pattes en l’air
Ici j’ai, on a toujours été en guerre
Ici au fer j’suis le feu, au feu j’suis le gaz
On fait tout, ici c’est chez nous « 

Véritable coup de force, prestation scénique incroyable, Caribbean Dandee – Le concert de l’Olympia est la claque qu’on cherchait depuis longtemps et on en redemanderait encore. Un pied de nez phénoménal à l’industrie, à tous ceux qui, il y a vingt-cinq ans, qualifiaient le hip-hop de sous-culture et qui depuis, s’attache à vider de sa substance ceux qui furent vraiment « de la génération Trust, Coluche, Balavoine ».

Boeringer Rémy

Retrouvez ici la bande-annonce : 

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