[Avant-Première] La crypte, allégorie moderne de la caverne


Nous avons pu voir, en avant-première, le 1er film de Corneliu Gheorghita, La crypte, qui sortira ce mercredi 27 avril. Co-produit par la France et la Roumanie, ce premier film éprouvant met en abîme les relations conflictuelles d’une Europe de l’Ouest prétentieuse avec une Europe centrale sinistrée. À travers un scénario très simple, il réduit l’Homme, fut-il PDG et promoteur immobilier richissime, à la place qui lui est , c’est-à-dire, à pas grand-chose.

Leduc (Serge Riaboukine), promoteur immobilier français, est en voyage d’affaire en Roumanie pour détruire un quartier populaire en vue d’une réhabilitation à destination d’une clientèle huppée. Après avoir visité une crypte archéologique d’époque romaine risquant de retarder les travaux, il revient pour la brûler. C’est alors que le portail de la cour se referme et qu’il se retrouve coincé, seul avec lui-même et sa conscience.

Leduc (Serge Riaboukine)

Méprisant, presque pédant, le promoteur français méprise les hommes comme il méprise l’Histoire des Hommes. Il ne se projette ni dans le passé glorieux de l’espèce ni dans le présent pénible des pauvres gens. Comme tous les gens de son acabit, il ne pense que dans le court terme, celui de la finance et de l’argent roi. La culture est pour lui, bien méprisable, il n’a même pas pris la peine d’apprendre les formules de politesses basiques du pays qu’il visite. Pas davantage qu’il  ne semble se soucier du relogement des habitants du quartier. Monsieur, se plaignant à un collaborateur, du travail harassant qui l’accable, veut commettre rapidement son forfait, avant de partir chasser. Comme un vieux seigneur, il considère déjà que, sur ses terres ancestrales, qui deviendront les siennes, qu’ils spolient pour une somme misérable, il possède le droit de chasse. Il n’y a qu’un pas à considérer les autres comme des braconniers. Et le voilà piégé, dans ce quartier dont il a fait expulser ces habitants. Il va avoir tout le temps pour réfléchir ou plutôt s’apitoyer sur son sort sans se remettre en question. C’est bien là, la problématique de La crypte qui semble mettre en branle un dialogue de sourd qui va bien au-delà de la langue, qui s’inscrit clairement dans la lutte des classes.

Leduc (Serge Riaboukine)

C’est que, même en position de faiblesse, enfermé comme un animal, Leduc ne sait se défaire de son arrogance. Une arrogance à laquelle les quelques habitants bravant l’interdit vont opposer leur fierté et leur dignité créant ainsi un drôle de retournement de situation. La pauvreté créant de la mendicité, les enfants orphelins (Liviu Cociuba et David Condrea) conditionnés à survivre et à rien d’autre, presque déjà réduit à leur seule condition animale, n’auront pas d’autre ambition que de lui confisquer son argent. Une situation qu’il ne saura pas désamorcer, car il affichera le mépris typique de l’occidental sûr de son fait et de sa supériorité. Ne proposant que des solutions pécuniaires à son malheur, Leduc se coupe de l’humanité. Ces interlocuteurs ne le ramènent alors qu’au symbole de ce qu’il est : un apôtre détestable de la finance à qui ils peuvent enfin donner un visage. Un visage que l’on ne peut pas respecter. C’est ce que Cătălina (Camelia Pintilie), une prostituée tente de lui faire comprendre et qui seule fera preuve de compassion, sans qu’aucun changement notable de comportement ne se soit fait jour pour Leduc. À peine commencera-t-il à se rendre compte que nous ne sommes que de bien peu de chose dans l’étendu de notre histoire, une simple parenthèse, pas forcément enchantée.

Leduc (Serge Riaboukine)

Vision très pessimiste de l’être humain, portée par la musique lancinante d’Anna-Maria Avram et de Iancu Dumitrescu, La crypte est une revisite de l’Allégorie de la caverne de Platon. Alors que Leduc est, au sens figuré, enchaîné dans celle-ci, il ne perçoit pas le monde tel qu’il est, engoncé dans ses préjugés. Ces semblables, devant son altérité, ne peuvent quant à eux, que le rejeter. Peut-être faut-il mieux le laisser mourir que de voir, dans ce symbole nauséabond de l’arrogance capitaliste, un être doué de sensibilité. Ce qu’il ne reflète pas aux premiers abords. Malgré une conclusion ouvrant sur l’espoir, notons que Leduc, jamais, ne se remet en question. Par ce choix manichéen, La crypte est une terrible affirmation de points de vue irréconciliables dont la confrontation ne peut-être exempt de violence, symbolique ou réelle.

Boeringer Rémy

Retrouvez ici la bande-annonce : 

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