Merci Patron ! Un souffle d’espoir et de fraternité jubilatoire !


Bien avant l’agitation actuelle, votre fidèle contributeur avait participé à la campagne de financement Ulule du film, et voilà qu’il a enfin pu le voir. Merci Patron !, le documentaire génial de François Ruffin a non seulement sonné à nos oreilles comme un souffle d’air frais et un coup de maître cathartique mais, vivant du bouche à oreille, est l’un des rares films indépendants à augmenter le nombre de ses entrées de semaine en semaine. Diffusé par le journal Fakir, place de la République, pendant le mouvement Nuit Debout, il est devenu un symbole de refus du fatalisme ambiant. Tout ce qu’ils ont, ils l’ont volé, à nous de récupérer notre part.

François Ruffin, rédacteur en chef du journal picard Fakir, « fâché avec tout le monde ou presque… » a décidé de porter le fer contre Bernard Arnault. C’est que les conséquences de sa gestion néfaste et inhumaine de ses sociétés, il la constate chaque jour. Alors il décide de devenir actionnaire. Mais avec une seule action, la ségrégation agissant même au sein de l’actionnariat, impossible pour lui de s’exprimer au congrès de LVMH. Alors, avec le couple Klur, victime parmi d’autre du cynique capitaliste, mis à la porte de l’usine où ils fabriquaient des vêtements Kenzo, au bord de la faillite personnelle, il va faire chanter ce cador de la finance et rendre à César ce qui appartient à César, aux travailleurs le fruit de leur travail.

François Ruffin, éjecté par le service d’ordre, que dis-je la milice de LVMH

Dans une scène superbe de Merci Patron !, Serge Klur évoque un épisode de La petite maison dans la prairie où la famille de Laura Ingalls décide de pratiquer la politique de la terre brûlée plutôt que de laisser sa maison aux usuriers qui viennent réclamer les paiements d’un crédit exorbitant qui a tout du premier crédit “revolverde l’histoire. C’est de ce moment tangent dont il est question en premier lieu dans le documentaire. Ce moment fatidique, où malgré tout les boni-mensonges dont on nous abreuve sur la responsabilité personnelle, les choses peuvent échapper aux personnes possédant la meilleure volonté qu’ils soient. C’est d’ailleurs cette peur diffuse, constante, insidieuse qui frappent tous les cœurs prolétaires, cette peur de la rétrogradation sociale, et le chantage à l’emploi qui va de pair, qui permet au Capital de triompher dans les esprits convaincus par trente ans de propagande que leur sort, malheureux, est inéluctable. Lorsque Ruffin rejoint les Klur, ils sont résignés mais n’entendent pas partir la tête basse et les yeux fuyants. Leur bon sens leur dicte que le fruit d’une vie de travail, leur maison, chèrement acquise, ne doit pas revenir à des parasites qui n’ont pas travaillés pour l’acquérir et ne possèdent comme seule gloire que de ne pas payer leurs impôts en France. Le tournant en dérision, Ruffin revêt un tshirt « I love Bernard » et propose aux Klur de les aider à s’en sortir, d’obtenir d’Arnaud, le remboursement de leurs dettes dont il le considère responsable et de retrouver un semblant de dignité avec l’obtention d’un emploi pour joindre les deux bouts jusqu’à la retraite.

La famille Klur

C’est ainsi que s’engage une lutte épique et exaltante, une lutte moderne et hilarante, une lutte des classes à hauteur humaine. Le chassé-croisé qui va s’établir entre un sbire de LVMH chargé de la sécurité et la famille Klur est aussi risible qu’il est révélateur de la duplicité de Bernard Arnault. En acceptant le chantage mis en place par la famille Klur et Ruffin, c’est un aveu que signe Arnault. Celui de sa conception inique de la vie, de la morale, de la dignité humaine. Car pour lui, la dignité s’achète, la morale se range sous le tapis après la messe, la sueur des pauvres n’est qu’une matière première de plus à exploiter. Le bras de fer qui s’engage est simplement incroyable. Par peur d’une mauvaise publicité, Arnault est prêt à céder aux exigences des Klur, mais entend bien acheter également leur silence. Aidant malgré lui les Klur, Marc-Antoine Jamet, secrétaire générale de LVMH et député socialiste, mal à l’aise, le cul entre deux chaises, brisera le contrat qui les lient avec la société du millionnaire, s’empêtrant dans ses mensonges. Mais il nous faut vous laisser découvrir par vous-même les tenants et les aboutissants des tractations digne d’un polar hollywoodien ou d’un vieux film de barbouzes dialogué par Audiard. C’est qu’il faut, pour l’inteligentsia capitaliste et ses petites mains, redoubler d’ingéniosité pour paraître avoir d’autres valeurs que le cynisme et l’individualisme.

Serge Klur et Monsieur Sécurité/Intimidation de LVMH

De toute part, le vernis craque. Bien sur, Merci patron ! n ‘oublie pas d’aller au-delà du quotidien attristant des laissés pour compte, qui s’ils sont une preuve suffisante de la perversité du système, ne révèle pas la mécanique bien huilée de ce dernier. Il y a aura toujours des esprits bien pensants pour dire que le cas des Klur est isolé, et ils pourront s’en convaincre facilement car leur voix n’est jamais portée dans les médias traditionnels, si ce n’est dans les rares journaux et médias d’opinion et de combat qui subsistent. Parmi eux L’humanité, Fakir ou Une Graine dans un Pot, n’hésitons pas à verser dans l’autosatisfaction. La force majeure de Merci Patron ! est bien de portée haut et fort la voix des invisibles, de ceux que la doxa libérale réduit à des chiffres et à des coûts. Merci Patron ! remet l’humain au cœur du débat, cet être sensible de chair et de sang que l’on voudrait priver de son âme et de ses aspirations. Le témoignage poignant que livrent les Klur, jamais vu à la télé, est aussi émouvant que la vengeance qu’ils préparent devient génialement drôle. C’est en surfant sur ces deux optiques, mélangeant documentaire social et comédie que Merci Patron ! réussis à toucher un large public. La révolution se fera dans la liesse ou ne sera pas. Loin des prophéties de Grand soir que l’on souhaiterait auto-révélatrice, Ruffin prouve que les alternatives existent, que la débrouille quotidienne des classes laborieuses peut devenir une arme, qu’il faut déborder d’imagination pour multiplier les moyens de la luttes et faire faiblir l’ennemi, que l’on peut encore se battre contre la fatalité. Fakir a frappé un grand coup, un coup de maître. Bien sur, Merci Patron !  est construit et scénarisé mais la lutte ne doit-elle pas être organisée ? En offrant aux Klur, un conseiller en communication, il a battu Arnault sur son propre terrain. C’est un espoir inédit, une graine de saine révolte à semer.

A la santé de Bernard

Encore disponible dans plus de 250 salles, Merci patron ! est le meilleur antidépresseur que vous pourrez trouver ces temps-ci. Face à la morne grisaille, à la répression gouvernementale grandissante, il est temps de remercier les patrons à notre façon. Foncez dans les salles si vous n’avez pas encore eu l’occasion de le voir. Il faut faire enfler la rumeur. Dans un petit coin de Picardie, des journalistes intègres résistent encore et toujours à l’envahisseur capitaliste. Et sur les places de France, me dit-on, malgré les imperfections organisationnelles, le peuple de France a connu un premier sursaut qui pourrait bien servir d’étincelle à un vrai feu d’artifice !

Boeringer Rémy

Retrouvez ici la bande-annonce :

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