Warcraft – Le commencement : un monde en perdition semblable au nôtre


Warcraft – Le commencement de Duncan Jones, supervisé par Blizzard Entertainment, le studio mythique à l’origine des sagas Warcraft, Starcraft et Diablo, est imprégné de nombreux petits défauts, mais révélera sûrement à ceux qui en doutaient encore le fil très tenu qui lie intimement la création vidéo-ludique à la narration cinématographique, depuis le tout début.

Les guerriers Orcs de la Horde de Gul’Dan (Daniel Wu) fuient leur monde moribond à travers un portail trans-dimensionnel. Ils débarquent sur Azeroth, une planète pacifique où les humains, les nains et les elfes vont devoir s’unir derrière la bannière du roi Llane Wrynn (Dominic Cooper) s’ils veulent survivre à l’invasion. Les chemins croisés de Durotan (Toby Kebbell que l’on a vu dans La planète des singes – L’affrontement et Les 4 fantastiques), un chef de clan orcs, de Garona (Paula Patton), une Orc métissée mis au banc de sa société et d’Anduin Lothar (Travis Fimmel), chef de la garde royale, vont présidés à la destinée d’Azeroth.

Durotan (Toby Kebbell) et Orgrim (Robert Kazinsky)

L’exploitation du jeux vidéo au cinéma n’est pas récente. Il y a d’abord eu des hommages au jeu vidéo dans son ensemble. Très tôt, des le début des années 80, les scénarios s’inspirait uniquement du phénomène comme dans les excellents Wargames (1983) et The Last Starfighter (1984). Dans certains cas, comme Existenz, le chef d’œuvre de David Cronenberg, sorti en 1999, le cinéma s’est fait avant-gardiste, réactivant le spectre d’une réalité virtuelle qui était resté un ersatz avec la Virtual Boy, sortie en 1995, véritable four de Nintendo. Depuis que la culture geek s’est offerte des lettres de noblesses, des films comme Scott Pilgrim vs. The World (2010) ou Pixels ont permis au style de sortir de son marché de niche. Reste que cette évolution ne s’est pas faite sans mal, nous gratifiant parfois de saga agréable comme Resident Evil (2002-2017) qui, malgré des hauts et des bas, respecte les partis pris politique du jeu et reste un bon divertissement. On pourrait aussi cité Silent Hill (2006), par exemple, autres succès d’adaptation, ou encore les deux magnifiques films issus de l’imaginaire Final Fantasy (2001, 2006). Puis nous avons aussi subi tous les méfaits d’Uwe Boll dont la liste est trop longue pour être développée ici. Et l’on garde un souvenir aussi meurtri de Mortal Kombat : Destruction finale (1997) qu’un souvenir ému de Street Fighter : L’ultime combat (1994) malgré ses nombreuse scories. Tout est relatif. Si le cinéma s’est donc déjà beaucoup inspiré du jeux vidéo, le jeux vidéo, dans son écriture, s’est également très imprégnés des techniques cinématographiques. Et pour cela, des œuvres comme Alone in The Dark (1992) de Frédérick Raynal vous prouveront que l’on a pas attendu le support CD et la cinématique pour cela. Bien que celle-ci fut rapidement mis à contribution pour faire jouer de vrais acteurs comme dans Command & Conquers (1995). Les dernières productions, du jeu de rôle au tir à la première personne, s’inspirent de plus en plus du découpage cinématographique, favorisant une immersion et une identification aux événements, inégalée. Les jeux d’aventures de Telltale Games tels que The Walking Dead (2012) en sont le parfait exemple, élevant le story-telling vidéoludique au rang d’art premier.

Khadgar (Ben Schnetzer que l’on a vu dans Pride et The Riot Club)

C’est dans cet héritage tumultueux que Warcraft – Le commencement s’affirme. Il faut saluer, en premier lieu, la volonté de rendre crédible les créatures de synthèses auxquelles on sent bien qu’un grand soin a été apporté. Que ce soit Gul’Dan, Durotan, Garona ou même les innombrables individus de la horde, les expressions et les émotions ont été très bien travaillé, contribuant à leur donner vie avec réalisme. Les acteurs humains, comme le roi Llane incarné par Dominic Cooper, font même parfois, c’est incroyable, pâle figure. A contrario, les effets des sorts lancés et la magie du Fel sont quelques peu décevantes, rappelant des effets vieux de dix ans. Supervisé par les créateurs du jeu et de la saga qui en découle, le scénario aura globalement respecté la trame originelle. Les fans auront toutefois pu s’étouffer en constatant le rôle changeant de Garona, passant d’assassin maître-espion à agent double malgré-elle. Un choix justifié par une recherche de dramaturgie renouvelée à l’écran. Le montage, assez saccadé, parfois répétitif, n’enlève rien à la beauté de certaines scènes et au plaisir qu’auront les joueurs à retrouvez les lieux mythiques qu’ils ont pu traverser en jouant. Quelques scènes, notamment les vols à dos de griffons, valent le détour. Les détracteurs de l’industrie vidéo-ludique sont les fantômes de ceux qui décriaient les films de genre au tournant des années 80. La réaction a juste déplacé son curseur. Trente ans avant, elle s’en prenait au Jazz. Warcraft – Le commencement est l’exemple typique pouvant tordre le coup à la critique idiote qui fait du jeu vidéo, un archétype de comportement asocial et violent. Dans la grande tradition du cinéma fantastique, comme le faisait déjà le jeu, Warcraft – Le commencement n’exclut pas de livrer quelques réflexions politiques et de mettre en perspectives, son discours sur la violence. De chasseurs-cueilleurs aux rites chamaniques, les Orcs sont devenus, par l’intermédiaire d’un de leur congénère assoiffé de pouvoir, les destructeurs de leur propre monde. Comment ignorer le parallèle avec notre propre histoire récente et la rapacité de certain de nos dirigeants ? Face à cette menace, comme à l’ONU et dans toutes les instances internationales, les différentes nations d’Azeroth se livre à un jeu de pouvoir et d’influence cynique qui ne retarde même pas l’inéluctable. Quant au personnage de Durotan, lanceur d’alerte à sa façon, il est voué à être jeté à la meute qui ne cherche rien d’autre qu’un bouc émissaire à ses malheurs.

Medivh (Ben Foster)

D’une adaptation de jeu vidéo dit violent, se dégage un discours plus dense qu’il n’y paraît, qui pourra décontenancer les fers de lance des détracteurs du jeu vidéo. C’est qu’avant toute chose, il a toujours été, dans l’ambition de ses réactionnaires, de nous empêcher, en premier lieu de rêver. Car l’utopie est le premier pas vers le changement. Warcraft – Le commencement n’aura jamais la force évocatrice d’un Seigneur des anneaux mais pourra rassembler au-delà de sa fan base, devenant une très bonne ouverture vers les mondes de l’imaginaire et rassemblant par son message pacifiste et écologiste.

Boeringer Rémy

Retrouvez ici la bande-annonce :

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3 commentaires

  1. J’avais des préjugés comme quoi il faudrait être un gamer assidu pour aller voir ce film, et que ce serait de toute façon un navet; mais apparemment non je suis agréablement surprise de cette critique

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    1. Attention, ce n’est pas le film de l’année, et il ne restera certainement pas dans les mémoires car il reste très basique, ne renouvelle absolument pas le genre fantastique et manque un brin de vent épique. Cependant, je pense effectivement qu’il est assez honnête avec son matériel d’origine et qu’il ne se contente pas de donner du fan service, développant le fond autant que la forme, ce qui devient rare de nos jours. J’était trop jeune pour jouer au 1er, j’ai joué et fini le deuxième en l’achetant d’occasion, j’ai à peine survoler le 3 et je trouve World of Warcraft assez triste du point de vue de la narration, mais le film inspiré de toute la saga reste un film fantastique classique, avec ses clichés certe, mais aussi avec un raisonnement qui parle à notre propre réalité, ce qui est l’essentiel.

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