[Direct-to-Vidéo] [Rétro] Le livre de la Jungle, duplicité de l’être humain


Avant la version animée des studios Walt Disney et celle récente en prise de vue réelle, Le livre de la Jungle a bénéficié d’une première adaptation, dès 1942, par Zoltan Korda. Après le succès du Voleur de Bagdad, Sabu Dastagir, jeune acteur indien, fraîchement naturalisé américain, accepta le rôle-titre de Mowgli. A ce jour, Le livre de la Jungle reste certainement la version la plus respectueuse de l’oeuvre de Rudyard Kipling et si elle accuse son âge restera très plaisante pour un public enfantin. Le 6 Avril 2016, les éditions Elephant Films ont edité en vidéo et en version restaurée, cet instant oublié du cinéma hollywoodien.

Alors que son père est tué par Shere Khan, Mowgli (Sabu Dastagir) se perd dans la jungle. Il est alors recueilli par des loups qui lui enseigne la loi de la Jungle. Sa mère Messua (Rosemary DeCamp) reste au village, pensant avoir définitivement perdu son enfant. Jusqu’au jour où, chassé à nouveau par Shere Khan, le petit d’homme retrouve ses semblables en retournant au village. Il se heurte à l’incompréhension puis à la jalousie du chef de village, Buldeo (Joseph Calleia) et de ses sbires, Pundit le prêtre (Frank Puglia) et le barbier (John Qualen).

Mahala (Patricia O’Rourke) et Mowgli (Sabu Dastagir)

La restauration du Livre de la Jungle proposé en Bluray et DVD propose une version tout à fait convenable même si l’on note qu’elle est parfois inégale, notamment au niveau du son qui sature parfois, un souffle se laissant entendre. Malgré ses petits défaut techniques, le long-métrage est tout à fait regardable. Un documentaire retraçant la vie de Sabu Dastagir est un bonus non négligeable. S’il est un peu tombé dans l’oubli, il a marqué des générations d’enfants. Visuellement parlant, Le Livre de la Jungle par Korda est un film étonnant par la diversité des outils utilisés. Si les décors du village sont construit en studio, la majeure partie des animaux sont dréssés et réels. Dans le même temps, certain plans sont tournés en pleine jungle, tandis que les arrières plans représentants des temples sont peints. Le tout forme étonnament un ensemble harmonieux que dont on oublie facilement les discordances. Le traitement scénaristiques est quant à lui calquer sur celui du conte. L’un des protagonistes, Buldeo le rescapé, est d’ailleurs là pour raconter son histoire à une jeune femme anglaise (Faith Brook) et le Sikh (Noble Johnson) qui l’accompagne. Une longue introduction descriptive replace les différents animaux dans leur contexte naturel tout en leur attribuant les traits de caractères inventés par Kipling.

Mowgli (Sabu Dastagir)

Cette version davantage que les autres, et c’est incroyable pour une oeuvre sortie alors que les préocupations écologiques sont quasiments inexistantes, prend le parti de dénoncer l’influence néfaste de l’homme sur la nature que sa cupidité pousse à détruire. Même si Shere Khan est décrit comme l’ennemi héréditaire de Mowgli, la lutte à mort qu’il se livre n’est pas exempte de rêgle et d’honneur. A contrario, les êtres humains du village natale de Mowgli sont des êtres duplices et manipulateur. Pour peu qu’on leur propose gloire et pouvoir, ils perdent alors toutes leur humanité. Il n’y a guère que la mère de Mowgli, par sentiment filiale, qui ne cède pas à la vindincte populaire et à la chasse aux sorcières. Visionnaire en un sens, Le livre de la Jungle explore la thèse selon laquelle l’homme perdra, non seulement le contrôle de sa destinée, mais détruira son propre espace vital s’il n’apprend pas à vivre en harmonie avec la nature. C’est finalement dans le monde humain que la loi de la jungle est la plus prégnante. A choisir, Mowgli préfera évidemment un milieu hostile rempli d’âme pure que la société des hommes, permettant une vie plus confortable mais où l’individu est asservi au groupe.

Buldeo (Joseph Calleia), Pundit (Frank Puglia) et le barbier (John Qualen)

Fable intemporelle, Le livre de la jungle, dans cette version de 1942, opère avant tout un traitement très enfantin, presque didactique, mais ne fait pas l’impasse sur un message plus mature. Ce qui en fait une version complémentaire qu’il ne faut pas négliger et qu’Elephant Films a bien fait d’exhumer.

Boeringer Rémy

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