The Neon Demon : un symbolisme vide de sens


À l’image de ses héroïnes, le dernier long-métrage de Nicolas Winding Refn se vautre dans la prétention de sa beauté sans chercher à être autre chose qu’un manifeste arty. Avec The Neon Demon, Nicolas Winding Refn se mue en Terence Malik qui aurait voulu se mettre au cinéma de genre pour un résultat aussi esthétisant qu’il est pompeux et ennuyant.

Jesse (Elle Faning) débarque à Los Angeles en espérant devenir mannequin. Elle découvre un milieu interlope où la concurrence fait rage.

Jesse (Elle Fanning)

Auréolé de succès et de reconnaissance avec Drive, salué pour son sens de la mise en scène et la photographie sublime de ses films, Refn semble désormais s’engoncer dans une suffisance arrogante. The Neon Demon est presque un film warholien, il vaut pour son parti pris esthétique mais ne raconte rien, se gargarise de lui-même. Le travail sur la lumière, les flous volontaires et travaillés et la sublimation des corps font de chaque plan pris les un après les autres, des chefs-d’œuvre. Si l’on peut reconnaître une qualité à The Neon Demon, c’est sa beauté incandescente. Mais c’est bien tout. Car de cette démarche plastique n’émerge pas d’expérience sensible, d’émotions particulières. Pour l’essentiel, les quelques soubresauts du scénario minimaliste sont attendus. Personne ne sera surpris que Refn intègre à son récit un amour rejeté et un autre refoulé dans les protagonistes sont évidents depuis le départ. S’étalant sur presque deux heures, l’expérience esthétique de The Neon Demon aurait mieux fonctionner en format court. The Neon Demon génère, durant les trois premiers quarts du film, une angoisse qui n’est due qu’au vide saisissant de l’intrigue. L’aspect onirique du récit, vu à travers le prisme déformant du fantasme d’une beauté parfaite, les miroirs étant omniprésent dans les décors, n’est qu’un prétexte à pousser plus loin le délire graphique qui semble inspiré des expérimentations psychédéliques de Jodorowsky.

Sarah (Abbey Lee que l’on a vu dans Mad Max : Fury Road)

Adapté à la techno minimaliste de Cliff Martinez, ces scènes quasi-ésotérique sont l’occasion pour Refn de distiller ses propres fantasmes. L’auteur du magnifique ouvrage L’art du regard, catalogue commenté d’affiches de cinéma fantastique et érotique des années 70, semble vouloir élever l’érotisme au rang d’objet d’art, cherchant l’excitation dans le subconscient, la suggestion et l’imagination plutôt que dans la vulgarité pornographique. Lorsqu’il sort de ce choix, c’est certainement pour choquer le chaland en illustrant une très dérangeante scène nécrophile. Une scène qui, à l’image du déferlement de violence qui arrive d’un coup à la toute fin de The Neon Demon arrive trop tard pour casser le rythme trop lent et convenu du récit. On pourra chercher en vain autre chose qu’une recherche symbolique, la vague dénonciation de l’industrie du paraître ne semblant qu’une toile de fond annexe. Tout juste, The Neon Demon introduit une légère critique des apparences à travers Dean (Karl Glusman), photographe aux travaux macabres, qui semble pourtant le personnage le plus équilibré. Pour l’essentiel, The Neon Demon n’apporte aucun sens neuf à la critique du monde de la mode. Multipliant les pistes scénaristiques sans jamais leur donner de consistance, Winding Refn se complaît dans un symbolisme qui vide paradoxalement le récit de son sens. Ni le mythe vampirique, ni celui de la pureté, ni les nombreuses références mystiques ne sont développés suffisamment pour faire corps. L’effet de style prévaut toujours sur le sens.

À l’image du monde qu’il entend décrire, The Neon Demon, rempli d’artifice, est à la fois très beau mais très vide. On sort de la salle presque convaincu qu’à l’image de ses protagonistes se nourrissant de l’énergie vitale des autres, Winding Refn s’est nourri de nous pour alimenter son ego.

Boeringer Rémy

Retrouvez ici la bande-annonce :

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