[Rétro] Frankenhooker : Henenlotter, apôtre du mauvais goût ?


Frankenhooker, péloche fantasque de Frank Henenlotter, réalisateur falabraque, dont les plus jeunes (mais pas trop) auront peut-être vu Sex Addict, un délire incroyable sur deux humains modifiés à la recherche de l’amour, est sorti en DVD, le 7 septembre 2016, vingt-six ans après sa sortie américaine. S’il a connu une première vie dans les vidéo-clubs français, sa résurrection, c’est le cas de le dire, distille un brin de folie dont seules les productions des eighties avait le secret.

Jeffrey Franken (James Lorinz), jeune homme de génie complètement dingue, est follement amoureux d’Elizabeth Shelley (Patti Mullen). Pour l’anniversaire de son beau-père (J.J. Clark), il offre une tondeuse à gazon qu’il a lui-même modifié pour plus d’efficacité. Lorsque celle-ci déraille et découpe sa fiancée, il sombre un peu plus dans la folie et décide, grâce à ses compétences en électricité, de la réanimer.

Elizabeth Shelley (Patti Mullen)

Elizabeth Shelley (Patti Mullen)

Relecture sous acide du mythe de Frankenstein, Frankenhooker est certainement la plus folle des adaptations de l’œuvre de Mary Shelley. Des le départ, le réalisateur timbré met le paquet dans l’absurde et le glauque. Alors que tout le monde se prépare à fêter un anniversaire, Jeffrey trifouille un cerveau dans un bocal avec des piques pour réactiver ses yeux et lui permettre de suivre ses mouvements. Sur cette note délirante, le ton du film est donné et ne nous épargne rien en nous plongeant tête la première dans la psyché dérangée du savant fou. Le voilà qui discute, tout seul, d’éthique et de moral, en se les rangeant sous le bras des que l’occasion se présente, se battant contre sa propre conscience. Allant crescendo, Frankenhooker ne cesse d’augmenter les enchères dans le domaine du grotesque. Jeffrey se vrille littéralement la tête avec une perceuse pour trouver des idées !. A première vue assez misogyne et patriarcal, le récit se mue parfois en charge contre le héros lui-même, comme si Henenlotter lui-même, n’était pas à l’aise devant l’étalement de débauche, lui cherchant une justification. Le long-métrage n’est pas exempt de ce paradoxe du film de genre dont nous parlons souvent sur Une graine dans un Pot, à savoir, cette dichotomie entre visée commerciale et politique. Avec un petit budget avoisinant les 2,5 millions de dollars, Henenlotter entend bien rentabiliser son film en offrant ce qu’il faut de sexe et de grossièreté à un public friand d’œuvres interlopes, ce qui le pousse à exploiter jusqu’au bout l’aspect érotique de Frankenhooker.

Et c’est ainsi que Jeffrey, décrit comme un beauf, écume les bas-fond de la ville pour sélectionner des prostituées qu’il juge digne de servir pour reconstituer se bien-aimée. Voilà le malaise qui ce fait jour, au marché de la chair, celui-ci devient un consommateur comme un autre et achète des êtres humains comme il achèterait de la bidoche au supermarché du coin. Les filles de joies ne sont alors que des faire-valoir esthétiques, réduites à des greluches sans cervelles remuant leur fesses pour le plaisir des voyeurs. Avec du recul, l’extravagance du scénario en fait surtout une excellente comédie nanardesque sorti d’un esprit torturé. Voilà pour le côté entertainment mais il ne serait pas juste de limiter Frankenhooker à cela. Le mac et les clients, une fois n’est pas coutume pour un film de genre flirtant avec l’érotisme, comme c’était le cas dans le beaucoup plus dérangeant Thriller, sont vertement tancés et dénoncés, punis par le monstre qu’ils ont contribué à faire naître. Pied de nez cocasse aux spectateurs eux-même, le dénouement final est un grand retournement de situation privant Jeffrey de toute le prétendu virilité qu’il pouvait trouver dans son rôle de mâle dominant exigeant de sa femme un corps parfait. Pour l’arroseur arrosé commence un véritable cauchemar. C’est que Henenlotter, aimant surtout bousculer les mœurs et choquer dans les chaumières, tente une farce satirique. C’est chose faite avec Frankenhooker qui, s’il doit d’abord s’appréhender comme une comédie loufoque, n’en assène pas moins quelques coups de semonce dans la bien-pensance puritaine, n’hésitant pas, par exemple, à aborder une opération de changement de sexe à l’aube des années 90.Jeffrey Franken (James Lorinz) et Elizabeth Shelley (Patti Mullen)

Amateurs de nanards aussi hallucinés qu’hallucinants ? Sorti en bundle avec le Mad Movies du mois de Septembre 2016, nous ne pouvons que vous conseiller de jeter un œil à ce Frankenhooker ravageur de zygomatique.

Boeringer Rémy

Retrouvez ici la bande-annonce :

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