Les grands mythes (Volume 1) : miroirs de nos mots et de nos maux


Nous ne cessons pas de l’affirmez mais le catalogue de documentaires de qualité qui sort chez Arte (que vous pouvez retrouver sur leur page facebook) ne cessent de s’étoffer. Après que la chaîne ait diffusé Les grands mythes, une série documentaire, créée par François Busnel et réalisé par Sylvain Bergère, sur les différents aspects de la cosmogonie grecque, la maison d’édition la propose dans un coffret intégral. Passionnés d’histoire, nous ne pouvions pas laisser l’occasion de vous en parler. Mais l’œuvre est si complète que nous le ferons en quatre articles, chacun consacré à un volume.

Aidé par le romancier Gilbert Sinoué, le journaliste, pourtant rédacteur à l’Express, a dépouillé les mythes grecs des surcouches postérieures en se basant sur les textes les plus anciens pour en livrer une lecture dépassionnée mais passionnante. Malgré tout, semblable aux autres cosmogonies humaines, ceux-ci livrent toujours, dans sa valeur la plus brute, le système de pensées de l’Homme dans ce qu’il a de plus universels.

Il est d’usage de commencer une telle entreprise par le récit de la création. Ainsi, et l’on pourrait le constater dans la grande majorité des cultures du monde, le monde surgit du néant, et suivant la même logique s’organise d’abord autour du règne de l’inanimé, le règne minéral et celui des cieux désespérément vide. Personnifiés en divinité primitive, ceux-ci expérimentent des sentiments humains et primordiaux, en premier lieu, l’amour et le désir. Il est intéressant de noter à quels point, malgré les divergences, celles-ci sont si légères, les légendes de tous les peuples du monde sont semblables. Et n’y voyons pas l’ombre de théorie complotiste, cet état de fait étant seulement la conséquence de notre humanité commune, des limites de notre intellect et de notre imagination, de nos peurs et de nos espoirs, qui dans un univers que l’on partage tous, mènent aux mêmes conclusions des êtres en tout point égaux devant l’immensité de nos questions. Si la nature est violente, le monde des hommes ne l’est pas moins et, forcément, cette violence immanente de la vie, son absurdité intrinsèque, sa perpétuation par la souffrance de la naissance et de la mort ne pouvaient donner lieux qu’à des cosmogonie tout aussi violente. C’est donc dans un déchirement que la terre Gaïa et le ciel Ouranos se séparent pour donner vie à leurs enfants, les Titans, les Cyclopes et les Hecatonchires, tous des créatures incroyables.

Ces ancêtres des dieux sont des forces de la nature indisciplinées, représentant les plus bas instincts et l’oppression. La naissance de Zeus, possédant un lien très fort avec sa grand-mère, Gaïa, sera celle d’un esprit libre et révolté qui libérera, par une guérilla de plusieurs milliers d’années, ses frères et sœur de l’oppression. Seul Prométhée, le titan qui réfléchit avant d’agir, ne se mêlera pas de la guerre et sera ainsi épargné par Zeus, nouveau maître du monde. C’est toutefois d’un monde désorganisé qu’il hérite et dont il laisse une grande part de l’administration à ses frères et sœur. Il n’entend pas tout régenter de A à Z et se soumet aux lois communes. C’est la naissance du libre arbitre.

De ce monde chaotique, dont il s’est rendu maître, il faut trouver une utilité et l’ordonner. Ayant lui-même usurpé le trône, situation courante en Grèce Antique, il instaure sa propre dynastie, espère en maintenir l’héritage et vit dans la peur d’un coup d’État. C’est de cette préoccupation du pouvoir que naissent les guerres, chez les Dieux comme chez les humains. Mais Zeus ne peut pas se contenter de régner sur l’inanimé, il lui faut aussi que ces semblables se plient à sa volonté. Usant de la loi du plus fort, agissant dans un système patriarcal, voilà que le viol devient pour lui un moyen de coercition. Sa mère, Rhéa et sa sœur, Hera, en feront les frais. De l’inceste avec sa sœur naîtra un amour singulier qui fera de la jalousie, la sœur du doute.

Lassé de ces frères les Dieux, Zeus songe à créer la vie et confie aux titans Épiméthée, symbolisant l’impatience et l’instinct, et Prométhée, incarnant la prévoyance, la lourde tâche de distribuer à sa création toutes sortes d’attributs. Priant son frère, Épiméthée obtient de s’en charger seul et livre aux uns des plumes, aux autres du cuir dur, aux suivants des poils pour supporter le froid, etc… Mais à la fin de la distribution, il a oublié les hommes qu’il a laissé démuni. C’est alors que Prométhée demande à Zeus de leur offrir le feu et celui-ci accepte à condition qu’ils le vénèrent. C’est la naissance de la hiérarchie. Ils pourront alors cuir leurs aliments, se protéger du froid et effrayer les bêtes sauvages. Ne supportant plus, toutefois de partager sa demeure avec sa création, Zeus les chassent de l’Olympe, comme Yahvé chassera Adam et Eve de l’Eden, et leur confisque le feu. Il n’y alors que des Hommes de sexes masculins. Prométhée, ami des Hommes, et avec l’aide d’Athéna, vole alors le feu. A l’image d’Eve croquant la pomme, la mythologie grecque attribue à la Femme tous les malheurs, à travers Pandore et sa boite maléfique, contenant tous les malheurs, envoyés par Zeus en guise de vengeance, qu’elle ouvre par curiosité, déversant peur, mort, malheur, douleur de l’enfantement et bien d’autre maux sur la Terre. Bizarre intuition, la légende raconte que Prométhée fut puni par Zeus qui l’attacha à un rocher où chaque jour, il se fit manger le foie par un aigle qui se régénérait la nuit. Le foie étant l’organe du corps humain qui se régénère le mieux.

Hadès, le dieu des enfers est à distinguer absolument de Thanatos, incarnation de la mort. Il gouverne les différentes régions du monde souterrain, malgré lui, c’est son frère qui l’a écarté du pouvoir, mais ne participent pas aux calvaires des âmes damnées. Fin mélomane, il sait même parfois faire preuve de clémence comme cela sera le cas avec Orphée et Eurydice. Pour ne pas errer éternellement aux abords du Styx, il faut payer un droit à Charon, le passeur. C’est ainsi que les plus pauvres n’ont pas le droit au repos. Les âmes sont ensuite laisser sur les bords du Cocyte si elles sont en attentes de jugement, genre de purgatoire, aux Champs-Élysée pour les bons et au Tartare pour les âmes des mauvais. La bonté étant davantage défini par le rang des vivants que par une quelconque justice qui jugerait les âmes. Machiste comme les autres, Hadès enlève Perséphone, une magnifique nymphe car il s’ennuie. La pauvre jeune fille, après avoir pleurer toutes les âmes de son corps, finit par accepter son sort et finit même par filer le parfait mariage. Sa mère Déméter, déesse des récoltes, négocie que sa fille remonte sur terre six mois par ans. Le reste de l’année, elle laisse mourir les récoltes et toute la végétation. Ainsi naissent les saisons. Son personnage ambigu, se promenant entre les deux mondes marque la frontière ténu entre la vie et la mort dont la vraie manifestation est finalement l’oubli.

Dernier chapitre de ce premier volume, Athéna est la déesse de la guerre. Elle se pose, à l’instar de Prométhée, en défenderesse des hommes. Grâce à ses talents de négociatrice, elle préside au partage du monde entre les hommes et avec l’accord des autres Dieux décide de quelle cité les honorera. Choisissant Athènes, elle provoque la colère de Poséidon qui est prêt à tuer tous les humains de l’Attique avant que Zeus n’intervienne pour faire respecter la loi. Athéna théorise une guerre juste d’abord, et surtout met en place l’idée de la diplomatie. Le but d’Athéna n’est pas de semer le chaos mais d’éviter la guerre par la discipline et les compromis. Contrairement à Arès, son frère, qui incarne toute la barbarie de la guerre et appelle au carnage. Athéna est peut-être la déesse la plus intéressé par les affaires humaines et la plus empathique. Elle leur apprend la chasse, l’art et l’artisanat. Elle ne s’emportera qu’une fois contre un humain, la pauvre mais imbu d’elle-même Arachné qu’elle humiliera par jalousie, celle-ci tissant mieux qu’elle. La jeune femme se suicidant par honte, Athéna la pardonnera et lui redonnera vie sous la forme d’une araignée et c’est ainsi que depuis, elles tissent inlassablement.

Mis en scène par des images animés en deux dimensions laissant leur part de mystères à ces légendes et aux personnages aux contours mal définis, Les grands mythes, est également illustré par un choix minutieux d’œuvres d’art s’étendant de l’époque antique à l’époque contemporaine. Une louable intention qui laisse l’imagination vagabondait entre les poteries grecques, L’enfer de Dante et Picasso. D’autant plus que c’est un excellent matériel pédagogique pour les enseignants. En attendant notre prochaine chronique sur le volume suivant, par là, vous pourrez suivre les prochaines sorties ciné.

Boeringer Rémy

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