[Rétro] Gremlins ou le carnage festif


Il suffit de prendre quelques risques mesurés, de saisir mollement sa télécommande et de vagabonder de chaînes hertziennes en chaînes câblés pour mesurer l’immensité cosmique du vide qui habite le cinéma dédié aux fêtes de Noël. Et au milieu de tous ce cambouis, surgissent parfois quelques ovnis. C’est le cas de Gremlins de Joe Dante, emblématique des années 80 et de la constellation Spielberg, dont on s’étonne, à l’occasion de sa ressortie dans les salles obscures, qu’il fut plébiscité par toute une génération de gosses (et laissé négligemment à leur portée par des parents dépassés) malgré son caractère ouvertement horrifique. Une claque qui n’a rien perdu de sa superbe, génialissime coup d’épée dans le marasme sentimentaliste des productions stéréotypées d’hier et d’aujourd’hui.

Billy (Zach Galligan) se voit offrir un Mogway par son original de père (Hoyt Axton), inventeur loufoque et raté. Cette petite bête très mignonne est néanmoins une lourde responsabilité qu’il ignore encore et il faut scrupuleusement respecter trois règles : ne pas l’exposer au soleil, ne pas le mouiller et ne pas lui donner de manger après minuit.

S’il faut noter une impression marquante parmi tant d’autre après avoir revu Gremlins, c’est la qualité des effets spéciaux en animatronique qui n’ont pas vieillis d’un iota. Quizmo et ses amis semblent véritable et adopte une étendue de posture et de mimiques qui laissent pantois. La longue scène du bar est emblématique, un vrai coup de force pour l’époque. L’éventail complètement fou des situations dans cette scène rend hommage au travail de forçat de Chris Walas, créateur des petites créatures et bluffant magicien. Quand on ne voit plus l’appareil derrière la création, qu’elle prend vie sous nos yeux, qu’on en oublie inconsciemment les ficelles, alors la porte du rêve s’entrouvre. S’occupant d’ailleurs également des maquillages, il prendra un malin plaisir à détruire ses créatures dans ébouriffantes explosions et autres sévices. Joe Dante, qui avait déjà à son compteur des œuvres comme Hurlements et Piranhas, était un choix osé pour sortir le blockbuster de Noël de cette année 1984. D’autant plus qu’il arrivait en salle en concurrence avec SOS Fantômes d’Ivan Reitman, en ce mois de décembre. Autant dire que ce Noël là fut une cuvée spéciale, où le cinéma d’entertainment se payait le luxe de s’ouvrir à un jeune public tout en conservant un ton adulte résolument provocateur.

Joe Dante, donc, ne va pas se soucier d’atténuer une charge sociétale qui traverse toute son œuvre sous prétexte d’être produit par Spielberg, de bénéficier d’une sortie pour les fêtes ou qu’on lui commande un film à destination d’un jeune public. Non seulement, il va conserver une écriture très proche dans le fond et dans la forme des standards du film horrifique. C’est ainsi qu’il n’évite pas quelques moments gores avec les Gremlins, explosant en bouillie d’entrailles ou se faisant poignarder à plusieurs reprises par la mère de Billy, Lynn (Frances Lee McCain que l’on a également dans Retour vers le futur et Scream). Se défendant seule dans la maison, couteau à la main, son personnage évoque autant les slashers, alors en pleine gloire, que les homes-invasions, la scène se composant avec les mêmes moments de tensions et Dante faisant usage de jump scare qui marque une volonté réelle de faire sursauter son public. C’est pourtant, dans l’esprit de la plupart des gens, l’aspect comique qui subsiste dans les mémoires, grâce à un humour distillé avec parcimonie, tenant davantage dans la folie furieuse qui habite les Gremlins que dans le jeux des acteurs ou les dialogues. Poussé très loin pour un film familial, la débauche qu’ils entretiennent est hilarante. D’autant que les pathos habituels des films de Noël sont tournés au ridicule en forçant le trait, comme lorsque Kate (Phoebe Cates) évoque la mort de son père, coincé dans la cheminée.

Guizmo

Avec le recul, quelques clins d’œil glissés par ci par là rehausse encore cet aspect du film, notamment le caméo de Spielberg lui-même, déguisé en inventeur ou encore lorsque le meneur des Gremlins coupe le téléphone en déclarant ; « Téléphone maison ». Reste et c’est là qu’au delà de la comédie géniale et du film d’horreur efficace, Gremlins prend corps plus qu’ailleurs, dans la fable moraliste. Utilisant des codes qui n’ont rien à voir, bien éloigné de La vie est belle qui passe à la télévision dans le long-métrage, en saisit pourtant l’essence, reprenant à son compte ce que Capra dénonçait déjà, un dévoiement capitaliste de l’esprit de Noël. Ainsi, toute l’hypocrisie d’une petite ville où tout le monde se connaît mais médit subit les foudres, presque le châtiment divin, des Gremlins. Les victimes les plus meurtris ne sont d’ailleurs pas choisis au hasard. On y compte le raciste du coin et la vieille bourgeoise sans cœur. A cela se rajoutent une critique du consumérisme qui prend tout son sens dans l’entreprise nihiliste de Joe Dante et qui s’appesantit sur son aspect le plus crade, la commercialisation du vivant.

« L’humanité n’est pas prête pour les mogwaïs, et elle les traite comme elle a traité les autres bienfaits de la nature. ». Sur ces mots se concluent Gremlins qui assène un coup de massue au spectateur qui inévitablement s’est identifié à Billy, un héros pas si cool, qui fait surtout n’importe quoi avec son animal de compagnie, un jouet comme un autre.

Boeringer Rémy

Retrouvez ici la bande-annonce :

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